Gallerie dell Accademia de Venise

Pourquoi visiter la Gallerie dell’Accademia de Venise ?

Le musée de la Gallerie dell Accademia est un musée incontournable à Venise, voici enfin sa page sur notre blog de Venise. Les plus beaux tableaux de la peinture vénitienne du XIV au XVIIIème siècle sont rassemblés ici : Giovanni Bellini, Giorgione, Jacobo Alberegno, Vittore Carpaccio, Mantegna, Piero della Francesca, Lorenzo Veneziano, Lorenzo Lotto, Gentile Bellini, Tintoretto, Bosch, Tiepolo, Cima da Conegliano, Canaletto, Paolo Veneziano, Paolo Veronese, Tiziano Vecellio, etc… Nous vous en présentons les principaux, et vous pouvez cliquer sur les liens ci-dessus pour aller directement sur les premiers tableaux des peintres.

Mais en introduction, Oriane m’a demandé de vous présenter l’histoire particulière de ce musée, alors c’est parti !

Quelle est l’histoire de la Gallerie dell’Accademia ?

Le complexe architectural qui abrite aujourd’hui les Galeries de l’Académie se compose de plusieurs bâtiments historiques : l’église de Santa Maria della Carità, son monastère et les espaces de la Scuola Grande du même nom.
Peu savent que sa fondation remonte aux premières décennies du XIIe siècle, et que jusqu’aux premières années du XIXe siècle, les chanoines de Santa Maria de Porto à l’extérieur de Ravenna, d’abord, et les Augustins de Frigionaia ensuite, ont partagé le nom et l’usage de certains espaces avec les plus anciennes confréries laïques vénitiennes des « battuti ».

Puis des travaux ont été entrepris par les Augustins au cours du XVème et du XVIème siècle, tandis que les bâtiments de la Scuola ont été rénovés au XVIII par Massari. Son nom provient de l’Accademia di Pittura, fondée en 1750 par le peintre Piazetta, puis fut reconnu par la République sous le nom d’Académie des Beaux-Arts dirigée par Giambattista Tiepolo. Ce n’est qu’en 1807 que les bâtiments de l’ensemble Santa Maria della Carità, devenu propriété de l’État sous l’édit de Napoléon, devinrent le siège de l’Académie des Beaux-Arts avec ses galeries voisines, pour devenir un lieu de plus en plus riche en œuvres vénitiennes, que nous allons enfin vous présenter !

La Gallerie dell Accademia de Venise est ouverte :

  • le lundi de 8h15 à 14h00 (dernière entrée à 13h00)
  • du mardi au dimanche de 8h15 à 19h15 (dernière entrée à 18h15)
  • la gallerie dell accademia est fermée le 1er Janvier, le 25 décembre, le 1er mai

Accessible aux personnes à mobilité réduite (ascenseur), il y a des expositions temporaires très souvent, et des travaux de restauration de certaines œuvres.
tel +39 041 5200345
Audioguide possible, consigne 1€.
Adresse du musée :  1050, Campo della Carità, Venezia, 30123
vaporetto ligne 2, direction Lido, Arrêt Accademia
vaporetto ligne 1, direction Lido, Arrêt Accademia ou Salute
Depuis la place Saint Marc :
vaporetto ligne 2, direction P. Roma, Arrêt Accademia
vaporetto ligne 1, direction P. Roma, Arrêt Salute ou Accademia

Nos conseils pour visiter la gallerie dell’Academia  :

Le musée attire du monde, il y a donc de l’attente pour acheter les billets en raison de l’affluence.

Pour éviter l’attente inutile aux caisses nous vous conseillons d’acheter à l’avance votre ticket coupe file :

Chacun vibre l'art différemment, sur chaque tableau vous trouverez nos deux expériences de l’œuvre de l'artiste - Oriane & Angel

Paolo Veneziano

Couronnement de la vierge (Polittico dell’incoronazione della vergine), 1350 Paolo Veneziano

Couronnement de la Vierge Paolo Veneziano
Couronnement de la Vierge Paolo Veneziano
Couronnement de la vierge Paolo Veneziano
Détail du Couronnement de la vierge Paolo Veneziano

Angel : Ce polyptyque de Santa Chiara est une œuvre de Paolo Veneziano du milieu du XIVème siècle.
La table centrale représente le couronnement de la vierge, un thème qu’on retrouve beaucoup dans les œuvres des artistes de cette époque.

Oriane : Ha bon? La vierge a été couronnée? Quand ça?

Angel : Bonne question…Dans les évangiles on ne parle jamais d’un quelconque couronnement de la vierge. Cet épisode a été ajouté vers l’an mille pour signifier la puissance de la vierge Marie qui du coup est placée au dessus des hommes, des démons et même des anges. Mais cela ne sera reconnu par l’église chrétienne qu’en 1870.

Oriane : Paolo Veneziano, à son époque prenait donc quelques libertés?

Angel : Et oui, comme beaucoup de ses contemporains… Comme beaucoup d’artistes de tous les temps… L’art est là pour cela…. Mais revenons à cette oeuvre…

Oriane : Cette représentation, très décorative est très élaborée : le Christ et Marie drapés de magnifiques tuniques de soie partagent un trône décoré d’étoiles dorées et surmonté du chœur des anges musiciens. Regarde, les pieds du Christ reposent sur le Soleil, et ceux de Marie, pudiquement cachés sont au dessus de la Lune… Penses-tu que ce détail ait une signification particulière?

Angel : Le Soleil représente le père, Dieu le père. La Lune, la mère. Marie est donc la mère de Dieu.

Oriane : Et Jésus le père de Marie? Je n’y comprends plus rien…

Angel : Évidemment puisque tu nous embrouilles… Le Soleil et la Lune sont des symboles de la dualité qui sont souvent représentés dans l’iconographie chrétienne.
Mais intéressons-nous aux panneaux latéraux? Quelles sont ces huit scènes?

Oriane : Ce sont des moments de la vie du Christ évidemment!

Angel : je reconnais la Nativité et la visite des rois mages, le baptême du Christ, la dernier repas, le calvaire, la Crucifixion et la Résurrection. Et les deux autres?

Oriane : Euh…Il s’agit de la dernière prière du Christ et son arrestation,et de l’apparition de Jésus ressuscité à Marie Madeleine juste avant son Ascension. C’est chronologique en fait.
Et puis regarde, au dessus, Paolo Veneziano a complété cette œuvre par quatre scènes de la vie de Saint François.

Angel : Le tout est magnifiquement encadré par une superbe charpenterie de bois sculptée et dorée!

Oriane : Oui, ça raconte beaucoup, mais en plus c’est beau!

Lorenzo Veneziano

Le Polyptyque Lion de l’annonciation (Polittico dell’annunciazione), Lorenzo Veneziano 1356

Le Polyptyque Lion de l’annonciation Lorenzo Veneziano
Le Polyptyque Lion de l’annonciation Lorenzo Veneziano
Détails du mécène Lion dans le polyptique de l'Annonciation de Lorenzo Veneziano
Détails du mécène Lion dans le polyptyque de l'Annonciation de Lorenzo Veneziano

Angel : Regarde Oriane, ce polyptyque… “Polittico Lion con l’Annunciazione” de Lorenzo Veneziano. Il a été réalisé entre 1356 et 1372… Magnifique et bien conservé! L’Annonciation, oui, c’est clair: la Vierge Marie et l’ange Gabriel… Mais pourquoi “Lion”? Tu vois un lion? Tu vois un rapport avec un lion?

Oriane : bien sûr! “Lion”, c’est le nom de celui pour qui le tableau a été peint. Domenico Lion, un membre du Sénat de Venise et mécène très actif, l’avait commandé pour le maître-autel de l’église de San Antonio abate di Castello.

Angel : Ha bon? Mais comment le sais-tu?

Oriane : c’est simple, Domenico Lion a sa place sur le polyptique, en bas du panneau central, agenouillé aux pieds de Marie…

Angel : Évidemment… Comment ne l’avais-je pas reconnu!

Oriane : La vierge Marie est de grande taille et occupe la place centrale… Du coup l’ange Gabriel, plus petit est plaqué contre la paroi de l’encadrement. C’est pour signifier sa grandeur! Elle a une place supérieure à un archange dans la hiérarchie de Dieu!

Angel : c’est vrai, ça! Décidément tu remarques tout! Du coup l’ange a les ailes coincées verticalement. Je pense que c’est de ce polyptyque que vient le célèbre torti-alli de l’ange Gabriel dont parlent tous les catholiques…

Oriane : Quelle culture, je ne connaissais pas cet épisode théologique…

Angel : Voyons… Qui dit polyptyque dit plusieurs panneaux… Au-dessus, Dieu le père le véritable commanditaire de l’action centrale… Et tout autour, les témoins… Les principaux Saints, alignés, de face, de trois quart ou de profil, un peu comme les cartes d’un jeu de tarot… Et puis, on dirait que les prophètes représentés en haut sont en pleine discussion et que Dieu leur demande un peu de silence…

Oriane : Heuuu, Angel, tu vas un peu loin! Je ne veux pas mettre ton analyse en doute, mais je crois plutôt que le geste de Dieu le père est plutôt un signe de bénédiction, tout simplement…

Angel : N’empêche qu’il y a un peu d’anachronisme dans cette oeuvre du XIVème siècle… Les Saints sont déjà présents alors que Jésus n’est pas encore né, tout juste conçu… C’est donc pas un vrai selfie… Les débuts de photoshop en quelque sorte…

Jacobello Alberegno

Polyptyque de l’Apocalypse (Polittico dell’ Apocalisse), Jacobello Alberegno 1360-1390

Jacobello Alberegno Polyptyque de l’Apocalypse
Jacobello Alberegno Polyptyque de l’Apocalypse
Détails du polytptyque Apocalypse Alberegno
Détails du polytptyque Apocalypse Alberegno

Angel : Cette oeuvre occupait le maître-autel de l’église du couvent bénédictin de San Giovanni Evangelista de Torcello. C’est une vision de l’apocalypse de Jacobello Alberegno d’après le livre de l’Apocalypse de Saint Jean, dernier livre du nouveau testament.

Oriane : Oui, d’après le titre… Mais je ne vois pas ici de scènes apocalyptiques!

Angel : Regarde bien, il s’agit ici du panneau central. Il est encadré de part et d’autres par quatre des scènes de ce livre (complétées vraisemblablement par d’autres à l’origine).

Oriane : Ha oui! Et ici c’est la vision de Saint Jean: l’évangéliste à genoux, les mains ouvertes et tournées vers le ciel regarde Dieu assis sur un trône entouré de “pleins d’yeux devant et derrière” et de “vingt quatre vieillards revêtus d’une robe blanche avec des couronnes en or sur la tête”. Dieu a sur les genoux l’Agnus Dei et le livre, tandis que Saint Jean dispose des outils d’écriture.

Angel : Et autour les quatre évangélistes et leurs livres! L’aigle noir c’est Saint Jean, L’ange c’est Saint Matthieu…

Oriane : Le lion ailé c’est Venise et le taureau ailé le riz!

Angel : Pffff….. Le lion ailé c’est le symbole de Venise oui, mais parce qu’il représente Saint Marc! Et le taureau…

Oriane : Du calme, je plaisante! Je sais bien que le taureau ailé représente Saint Luc! Où est passé ton humour?

Angel : OK, bravo, elle était bien trouvée…

Angel : Mais voyons les autres scènes: des épisodes de l’apocalypse. Le premier représente une prostituée de Babylone chevauchant une hydre à sept têtes qui porte la coupe “remplie d’abominations et d’impureté de sa prostitution”et vomissant “le sang des saints et des martyrs de Jésus”.

Oriane : Le second évoque la récolte du monde, image tirée du livre de l’apocalypse qui symbolise la fin du monde: un ange encourage un compagnon à vendanger avec la faux (symbole de mort) une vigne dont “les raisins sont maintenant mûrs”.

Angel : Heu… En trois, des squelettes qui se lèvent avec des livres et Jésus au dessus avec un livre lui aussi… C’est la version chrétienne du “teeching Boudha”? Mais quel est le rapport avec l’apocalypse?

Oriane : Mais non! C’est le jugement final tel que décrit dans l’Apocalypse de Saint Jean! Jésus assiste depuis le ciel à la résurrection des morts qui portent le livre de leur vie terrestre. A l’aide du livre des Justes qu’il a entre les mains, il juge de leur destination finale: le Ciel ou l’Enfer, représenté par l’étang de feu à gauche.

Angel : La dernière vision est celle du chevalier et de son armée. Les chevaliers des sept couronnes qui partent en guerre contre les marcheurs blancs?

Oriane : Je reconnais bien ton humour… Enfin j’espère! En réalité c’est le chevalier “accompagné par des armées sur des chevaux blancs”. Il porte le sceptre de fer de l’homme juste pour gouverner le peuple.
Une touriste à lunettes et chignon qui porte un livre entre les mains: Mais comment savez-vous tout cela? Vous avez une grande culture!

Angel : La culture, c’est comme la confiture : plus on y goûte, plus on en reprend.

Oriane : Oui comme la confiture: moins on n’en a, plus on l’étale!

Giovanni Bellini

La vierge à l’enfant et les saints du retable de Saint Job, First Part, Third Motif (Madonna in trono col Bambino e santi della pala di San Giobbe), Giovanni Bellini 1487

Retable de Saint Job de Giovanni Bellini
Retable de Saint Job de Giovanni Bellini
Détail du retable la vierge et l'enfant de Giovanni Bellini
Détail du retable la vierge et l'enfant de Giovanni Bellini

Oriane : Voici le Retable de San Giobbe de Giovanni Bellini! C’est l’une de ses oeuvres les plus célèbres!

Angel : Et pour cause! Cette huile sur bois est de toute beauté! La douceur du visage de la Vierge et l’impression de sérénité qui se dégage des anges et des Saints qui l’entourent sont saisissantes…

Oriane : Oui, c’est une conversation en musique aux pieds du trône de la vierge de six saints: Saint François, Saint Jean-Baptiste, Saint Job, Saint Dominique, Saint Sébastien et Saint Louis de Toulouse. Ce retable a probablement été réalisé lors d’une épidémie, peut-être celle de 1478.

Angel : Qu’est-ce qui te fait dire ça?

Oriane : La présence de Saint Sébastien.

Angel : C’est quand même surprenant de voir une telle sérénité sur le visage d’un Saint dont le corps est transpercé de deux flèches!

Oriane : En fait il s’agit justement de Saint Sébastien. Ces flèches sont des attributs qui permettent de l’identifier, rien de plus.

Angel : Saint Sébastien? Mais c’est un martyr qui est mort criblé de flèches!!!

Oriane : Oui, c’est surement pour ça qu’il est si cool! C’est un Saint zen, et sa zénitude conjure le mauvais sort… Deux flèches, qu’est ce que c’est pour lui?

Angel : Outre la sérénité qui se dégage de ce tableau, on remarque l’impression de profondeur de la niche qui élargit l’espace autour des personnages tandis que la lumière est capturée par les instruments de musique des anges et surtout par la voûte de mosaïque dorée typiquement vénitienne, puis projetée sur le groupe sacré.

Cima da Conegliano

La vierge de l'Oranger entre Saint Ludovic et Saint Jérôme (Madonna dell'arancio tra i santi Ludovico da Tolosa e Girolamo), Cima da Conegliano 1495

La vierge à l'oranger chez les saints Ludovic de Toulouse et Jérome de Giambattista Cima da Conegliano
La vierge à l'oranger chez les saints Ludovic de Toulouse et Jérome de Giambattista Cima da Conegliano

Angel : Ce tableau provient de l’église Santa Chiara à Murano.

Oriane : Une église Santa Chiara? Je ne vois laquelle est-ce? Pourtant nous avons parcouru tout Murano plusieurs fois…

Angel : En fait ce n’est plus une église aujourd’hui, c’est devenu un espace d’événement et un four à verre. Mais on s’éloigne du tableau… Regarde comme la vierge a un regard vers Saint Jérôme inquiet…

Oriane : C’est vrai, mais ce n’est pas le cas de Jésus qui saute presque dans les bras de Saint Ludovic de Toulouse.

Angel : Alors que raconte cette scène?

Oriane : Je dois avouer que je n’en sais rien… C’est à ça que vont nous servir nos audioguides…

Angel : T’es sûre qu’il y a un intérêt à mettre des photos de tableau sur lesquels on ne sait pas quoi expliquer?

Oriane : Oui, je le trouve beau! Je ne suis pas critique d’art, mais je sais ce qui m’émeut… Si quelqu’un a des infos à nous communiquer il peut nous écrire et on complètera!

Vittore Carpaccio

Présentation de Jésus au temple (Presentazione di Gesù al tempio ), par Vittore Carpaccio, 1510

Vittore Carpaccio Présentation de Jésus au temple
Vittore Carpaccio Présentation de Jésus au temple
Détails de la Présentation de Jésus au temple de Vittore Carpaccio
Détails de la Présentation de Jésus au temple de Vittore Carpaccio

Angel : C’est amusant comme il y a des similitudes entre ce tableau de Vittore Carpaccio et celui qu’on a vu tout à l’heure, “La vierge à l’enfant et les saints du retable de San Giobbe” de Giovanni Bellini! Une conversation dans une niche, animée par trois anges musiciens… Pourtant ce n’est pas la même scène des évangiles.

Oriane : Rien n’arrive jamais par hasard…

Angel : Tu es en train d’insinuer qu’il y a un rapport?

Oriane : Évidemment! Les deux tableaux proviennent de la même église San Giobbe située dans le Sestiere du Cannaregio. Carpaccio l’a peint environ 30 ans après. Il s’en est inspiré, tout en le personnalisant bien sur.

Angel : Ha oui, je comprends mieux. Je te propose un petit jeu. Trouver les similitudes et les différences dans ces compositions.

Oriane : Bonne idée! Tu as déjà trouvé deux similitudes: une conversation dans une niche et trois anges musiciens. J’ajouterais le marbre, les couleurs des vêtements de la vierge et la brillance des tissus.

Angel : On est à cinq similitudes… Or les ressemblances vont toujours par sept… La présence d’un lustre éteint ce qui montre que la lumière provient sur les deux tableaux de reflets de l’orient envoyés par la voûte dorée… Ca fait six…

Oriane : Je crois que je tiens la septième similitude: sur chaque tableau on dénombre trois triangles… Je m’explique… Tu as parlé des trois anges musiciens, ça en fait un. Mais il y a aussi deux groupes de trois personnages de chaque côté… Sept similitudes, yessss!

Angel : Ouais, on est trop fort! Mais maintenant, il faut trouver les sept différences…

Oriane : Déjà ce n’est pas du tout la même scène comme tu l’as souligné. Ici c’est la présentation de Jésus au temple alors qu’il s’agissait d’une vierge à l’enfant entourée de Saints.

Angel : En deuxième, je remarque que la niche est moins profonde mais plus lumineuse grâce à une plus grande brillance des marbres. Et puis la disposition est différente: sur le tableau de Bellini seuls la vierge et l’enfant sont surélevés sur un trône, alors que Carpaccio place sa scène sur une sorte d’estrade. Nous avons déjà trois différences…

Oriane : Regarde, le nombre des protagonistes… Sans compter les anges, on dénombre six saints plus la vierge et l’enfant ce qui fait sept sans Jésus. Sur le second tableau il faut ajouter Jésus pour que les acteurs soient au nombre de sept…

Angel : Ouh la, ton explication est compliquée! En gros la différence, tu dis que c’est sans ou avec Jésus qu’on arrive à sept personnages? Et tu ne comptes pas les anges…
On peut dire plus simplement qu’il y a onze personnages sur le tableau de Bellini, et seulement dix sur celui-ci! Sérieusement, n’oublie pas qu’on parle d’iconographie religieuse… Ne faisons pas les comptes comme s’il s’agissait des chevaux du PMU. Mais récapitulons: nous avons déjà quatre différences… Il en manque trois…

Oriane : Et tu me dis de ne pas faire de comptabilité… Comme autre différence, je remarque la présence de femmes sur le tableau de la présentation de Jésus au temple, ce qui n’était pas le cas, hormis la vierge sur le précédent.

Angel : Bien vu! Je remarque aussi que le spectateur contemplait la scène de Bellini en face alors qu’il semble qu’on assiste à celle-ci depuis un plan inférieur…

Oriane : C’est vrai… La disposition des anges est différente aussi. Sur le premier tableau ils étaient groupés en un petit triangle isocèle. Carpaccio, qui est très fin, a ouvert le triangle qu’ils forment, comme pour diffuser la musique plus largement… On l’entendrait presque…

Angel : Je constate qu’après la comptabilité tu es revenue sur la géométrie du tableau…

Oriane : N’empêche qu’on a bien nos sept similitudes et nos sept différences…

Angel : Crois-tu qu’après une telle discussion on a encore des lecteurs?

Oriane : Je ne sais pas… S’il y en a on va leur parler du tableau de Carpaccio… C’était quand même le sujet à la base.

Angel : Chiche? Déjà les couleurs des vêtements sont délicates, riches et mises en valeur par la lumière. Les traits des personnages sont doux ce qui incite au recueillement.

Oriane : Et puis, on peut admirer la finesse des détails des vêtement liturgiques, des nervures du marbre, de la décoration de la voûte…

Angel : Les jeux d’ombre et de lumière sont particulièrement travaillés.

Oriane : Et excuse-moi d’insister là-dessus mais je suis impressionnée par l’ordre, la symétrie, le respect des proportions. Et tout cela un siècle avant les débuts du classicisme.
Ce tableau est un chef d’œuvre avant-gardiste…

Vittore Carpaccio

Crucifixion et apothéose des dix mille martyrs du mont Ararat (Crocifissione e apoteosi dei diecimila martiri del monte Ararat), Vittore Carpaccio 1538

Vittore Carpaccio : Crucifixion et apothéose des dix mille martyrs du mont Ararat
Vittore Carpaccio : Crucifixion et apothéose des dix mille martyrs du mont Ararat
Détail des dix mille martyrs du mont Ararat de Vittore Carpaccio
Détail des dix mille martyrs du mont Ararat de Vittore Carpaccio

Oriane : Ce tableau de Vittore Carpaccio réalisé en 1538 illustre la légende médiévale des dix mille martyrs du mont Ararat.

Angel : C’est quoi cette légende? Ne me mène pas en bateau… Je connais déjà l’histoire de l’arche de Noé soi-disant échouée au sommet du mont Ararat en Arménie… En fait c’est pas un bateau mais une formation géologique!

Oriane : Ben oui, une légende, tout simplement, comme celle des dix mille martyrs!
Angel: Alors, raconte…?

Oriane : Il suffit de “lire” le tableau de Vittore Carpaccio! C’est un peintre narratif, il raconte donc une histoire, ici cette légende née au IXème siècle…

Angel : Quand je me trouve devant une telle oeuvre, je ne sais pas dans quel sens la lire… Devant tant de détails, je ne sais pas par où commencer…

Oriane : Moi je la lis un peu en escargot, en spirale si tu préfères… en partant du centre… Puis je suis le mouvement que le peintre a donné à sa narration en s’appuyant sur un chemin, un relief, le mouvement d’un personnage, la courbure d’un arbre… Et je termine en suivant les personnages sur le chemin qui monte vers le ciel!

Angel : Et maintenant tu vas me dire que tu atteins l’extase?

Oriane : Je vois que tu te moques… Mais c’est ma façon d’apprécier un tableau tellement riche en détails et en couleurs… Ca te parle plus si je te recommande d’adopter une méthode de screening, comme lorsque tu cherches un petit personnage au tee shirt rayé rouge et blanc dans les albums “Où est Charlie?”

Angel : Heuuuu… Ca fait dix minutes que je scrute les moindres détails et je n’ai pas encore trouvé Charlie…

Oriane : Désespérant… Tu as peut-être repéré des martyrs? Et vu quelque chose qui ressemble au mont Ararat? Bon, OK… Si je te raconte ce que dit la légende, ça devrait t’aider…
Au mont Ararat, les soldats romains se sont fait défaire par les peuples révoltés de l’Euphrate. Mais grâce à un ange qui les fit se convertir au christianisme, les 9000 rescapés gagnèrent la bataille. Cependant au lieu de les reconnaître, l’Empereur essaya de les faire lapider… Raté! Les pierres rebondirent sur les soldats de ce dernier!

Angel : Excuse-moi, j’ai du mal à y croire… Est-ce la première “Fake-news” de l’histoire? En tous cas, c’est un sacré rebondissement!

Oriane : Je ne dirais pas fake-news, mais légende, tout simplement… Et elle a été diffusée très rapidement, même sans internet… Du coup, mille autres soldats les ont rejoints dans leur conversion. Mais l’empereur, très têtu les fit crucifier!

Angel : Ca confirme ce que je dis toujours… Il est dangereux de croire à n’importe quelle nouvelle non vérifiée…

Oriane : Certes… Mais la dernière partie de l’histoire, c’est que l’ange ne les a pas abandonnés, puisqu’ils rejoignent le ciel… Ils deviennent des martyrs.

Angel : Je vois… Et du coup je comprends beaucoup mieux cette, ou plutôt, ces scènes… C’est vrai que ce tableau raconte une histoire, il me parle bien mieux maintenant…Mais comment des gens crucifiés, attachés à les arbres, peuvent-ils rejoindre tranquillement les pentes du volcan, pour monter au sommet et se transformer en Ange qui s’envolent vers le Paradis ? Et puis il manque un épisode dans ce tableau : le peintre a fait une pause et a repris l’histoire après que les corps aient été détachés puis réssucités. C’est peut-être pour introduire le suspense?

Oriane : Regarde en haut à gauche il a quand même placé un ange…

Angel : Ha oui! Tout s’explique… C’est surement lui qui a fait le boulot…

Oriane : Je vois qu’en connaissant la légende, tu t’es tout de suite mieux intéressé à cette magnifique oeuvre! Ca t’a permit de l’apprécier beaucoup plus!
Il faut savoir qu’à l’époque de cette oeuvre les légendes de ce genre se racontaient. Du coup, toute personne sensible à la beauté d’une oeuvre pouvait aussi se plonger dans l’histoire qu’elle raconte.

Angel : Et même sans cela, on est déjà séduit par la richesse de ce tableau, par la finesse des traits, par la brillance des couleurs et par les multiples détails symboliques qu’elle renferme…

Tiziano Vecellio (Titien)

Présentation de Marie au temple (Présentation de Marie au temple), Tiziano Vecellio (Titien) 1534-1538

Tiziano Vecellio : Présentation de Marie au Temple
Tiziano Vecellio : Présentation de Marie au Temple
Détail Présentation de Marie au Temple par TitienTiziano Vecellio
Détail Présentation de Marie au Temple par TitienTiziano Vecellio

Angel : Un tableau percé par des portes… Surprenant!

Oriane : En fait le Titien a peint cette toile directement à cet emplacement. La porte de droite était déjà là.

Angel : Ha bon? Tu es sûre?

Oriane : Oui. Ca se voit car elle est incorporée dans le dessin de l’escalier: son fronton y est représenté. Ce qui n’est pas le cas de la porte de gauche, percée plus tard, qui a coupé le bas des personnages.

Angel : Donc cette oeuvre a été peinte pour l’école elle-même. Les personnes à gauche en sont d’ailleurs des personnages importants.

Oriane : Oui, c’était la coutume d’insérer aux oeuvres, le ou les commanditaires. Mais Tiziano ne s’est pas contenté de cela: il a ajouté un autoportrait de lui et de sa femme, le couple appuyé à la fenêtre. Et peut-être même sa fille: la jeune fille appuyée sur l’escalier.

Angel : Mais le personnage principal de cette scène est quand même Marie puisque c’est sa présentation au temple. Elle est mise en valeur par la lumière qui se pose sur elle et qui en émane. Et la couleur bleue de sa robe permet aussi de l’identifier.

Oriane : Oui, bien vu! Outre cette scène, tu peux remarquer que les symboles sont très présents dans ce tableau: le bas relief formant un torse à droite symbolise le paganisme, la marchande d’oeufs, le judaïsme et la montagne en feu, la virginité de la vierge.

Angel : Mais d’où tiens tu toutes ces infos? Tu parles presque comme un livre!

Oriane : Rien de magique… J’ai seulement écouté attentivement l’audio-guide!

Gentile Bellini

La procession sur la place Saint Marc, (Processione della Vera Croce a Piazza San Marco a Venezia) 1496

Gentile Bellini Procession Place Saint Marc
Gentile Bellini Procession Place Saint Marc
Détails Gentile Bellini Procession Place Saint Marc
Détails Gentile Bellini Procession Place Saint Marc

Oriane : Oh je reconnais la place Saint Marc mais il manque la tour de l’horloge et le pavement de marbre gris et blanc. Quel est l’intérêt qu’a eu Gentile Bellini de faire ce type de peinture d’un lieu en en modifiant des éléments aussi majeurs? Y’a t’il un rapport avec la procession qui s’y déroule?

Angel : Tu n’es pas sérieuse j’espère? Ou alors tu m’inquiètes! Regarde la date de ce tableau! Tout simplement, les éléments dont tu parles n’existaient pas encore! La tour de l’horloge a été construite peu après et le pavement de marbre réalisé par Tirali en 1723. Ce tableau, le premier qui montre ce lieu en grand angle a déjà le mérite de nous informer, comme une photo d’archive de l’aspect des lieux à la fin du XVème siècle. On y voit aussi les mosaïques vénitio-byzantines des portails de la basilique dont seule celle de gauche a survécu. On reconnaît le bas du campanile et la partie du Palazzo Ducale qui jouxte la basilique avec sa porte de la charte dont le marbre était à cette époque doré. Si tu observes bien, tu vois aussi que les procuraties ne sont pas les mêmes et qu’à la place actuelle de la tour de l’horloge il y avait un édifice gothique.

Oriane : Ha oui, c’est intéressant! Il manque aussi les tables des terrasses des cafés et même les pigeons! Mais je suppose que le but de l’artiste n’était pas seulement de montrer aux générations futures l’aspect de la piazza San Marco à cette époque! Il représente aussi et surtout une procession.

Angel : Oui, c’est la procession qui avait lieu tous les 25 avril, jour de la Saint Marc, où était exhibée un coffre contenant la relique. Cette scène ferait référence précisément à la procession du 25 avril 1444, où un marchand venu de Brescia, qui après avoir invoqué l’aide de Saint Marc pour son fils gravement blessé, a vu sa demande exaucée. Le protagoniste, agenouillé derrière le baldaquin, passe cependant presque inaperçu au milieu d’une scène que la composition du tableau incite à parcourir en totalité en passant le regard de groupes en groupes ainsi que sur les bâtiments.

Oriane : c’est vrai que je n’avais pas remarqué cet homme agenouillé, bien qu’il soit au premier plan et dans une zone centrale. C’est donc un détail de l’histoire de cette procession annuelle, comme les détails bien représentés des différentes confréries dont les habits et accessoires sont précisément figurés. Ainsi, on reconnaît les frères de la Scuola Grande di San Giovanni Evangelista qui habillés de blancs et portant des bougies, transportent le coffre de la relique.

Angel : Waouuuu! Finalement je suis surpris de tes connaissances…

Oriane : J’ai lu tout ça, et retenu un peu le discours de l’audioguide… Même si je reste choquée par l’oubli de la tour de l’horloge sur ce tableau!

Angel : … Je renonce… Avançons…

Gentile Bellini

Miracle de la relique de la croix au pont de San Lorenzo (Miracolo della reliquia della Croce al ponte di San Lorenzo), Gentile Bellini 1500

Gentile Belini Miracle de la Croix au pont de San Lorenzo
Gentile Belini Miracle de la Croix au pont de San Lorenzo
Détails Gentile Belini Miracle de la Croix au pont de San Lorenzo
Détails Gentile Belini Miracle de la Croix au pont de San Lorenzo

Angel : Voici un autre tableau majeur de Bellini daté de 1500 représentant un épisode de l’histoire de Venise survenu selon une légende entre 1370 et 1382. il s’agit du repêchage de la relique de la croix tombée accidentellement dans le canal lors d’une procession autour de l’église San Lorenzo. La relique se serait mise à flotter mais ne se serait laissé récupérer que par le prieur de la confrérie, parmis de nombreux sauveteurs intéressés, ce qui fût considéré comme un miracle. Bellini a représenté ce prieur sous les traits d’Andrea Vendramin, guardian grande de la scuola de San Giovanni avant de devenir doges.

Oriane : A gauche on voit des femmes avec des chapelets et à droite cinq hommes agenouillés. Qui sont ils?

Angel : Tu en poses des questions… A gauche, Caterina Cornaro, native de Venise et future reine de Chypre et ses dames. A droite, des membres influents de l’école.

Oriane : Mais que vient faire cette femme de la fin du 15ème dans cette scène datée d’un siècle plus tôt?

Angel : elle a tout simplement marqué l’histoire de la Venise de cette époque du fait de sa beauté et donc des fantasmes qu’elle a pu susciter à travers des récits de complots et intrigues politiques agrémentées de tueries et histoires amoureuses. Bellini, comme d’autres peintres de cette époque a posé sa fascination pour cette femme sur plusieurs de ses tableaux. Mais l’intérêt de ce panneau réside aussi dans les décors de cette scène urbaine, qui montre les cheminées rondes typiquement vénitiennes et les peintures murales.

Oriane : Ha oui… Nous n’avons donc pas tout à fait le monopole de la description et la collection des cheminées vénitiennes!

Vittore Carpaccio

Miracle de la relique de la croix au pont du Rialto, Vittore Carpaccio 1480

Détail du Miracle de la relique de la croix au pont du Rialto de Vittore Carpaccio
Détail du Miracle de la relique de la croix au pont du Rialto de Vittore Carpaccio
Miracle de la relique de la croix au pont du Rialto de Vittore Carpaccio
Miracle de la relique de la croix au pont du Rialto de Vittore Carpaccio

Oriane : Non, regarde! ici aussi la collection de cheminées vénitiennes est impressionnante! J’en compte pas moins de 37! Et puis, que de couleurs, que de détails… Ce tableau est magnifique! Mais que raconte t’il au juste?

Angel : Ce chef d’oeuvre réalisé à l’huile sur toile est le plus connu de Vittore Carpaccio. Il est aussi appelé “La guérison du fou” (Il miracolo dell’ossesso).

Oriane : Mais pourquoi deux titres? Et deux titres qui ne parlent pas tout à fait de la même chose…

Angel : Bien sur que si: le second titre précise le premier. Le miracle en question est celui de la guérison d’un patriarche, qualifié de fou, grâce à la relique de la croix. Mais cette scène, représentée à gauche dans la loggia, passe inaperçue, tout comme la procession qui se déroule sur le pont. Carpaccio a répondu à la commande et n’a pas oublié de peindre les patriciens vénitiens, spectateurs de la scène. Mais il s’est surtout fait plaisir à représenter sa ville de façon extrêmement minutieuse. D’ailleurs, le premier détail que tu as remarqué devant cette oeuvre n’est pas le miracle, mais le chapelet de cheminées vénitiennes!

Oriane : Et puis la représentation du pont du Rialto à cette époque en bois et qui s’ouvrait pour laisser passer les gros bateaux; et puis celle du grand canal et de sa vie, des palais qui le borde. Les gondoles n’avaient pas tout à fait leur forme actuelle: la proue ne comportait pas les six barres symbolisant les six sestieri depuis le XVIIème siècle.

Angel : C’est vrai, et puisqu’on entre dans une analyse très fine, on peut remarquer aussi qu’elles ne transportent pas de touristes absorbés à réaliser un selfie pour immortaliser le moment plus qu’à le savourer…

Oriane : Plus sérieusement, cette toile riche en détails, nous informe sur l’aspect du grand canal à la fin du XVème siècle, sur les vêtements portés à l’époque et sur la vie de ce quartier qui comme aujourd’hui grouillait de monde, plus que du miracle qu’il est censé raconter.

Tintoret ou Jacobo Tintoretto ou de son vrai nom : Jacobo Robusti

L’enlèvement du corps de Saint Marc (Trafugamento del corpo di san Marco), Jacopo Robusti dit Jacopo Tintoretto 1562-1566

Tintoret : L’enlèvement du corps de Saint Marc
Tintoret : L’enlèvement du corps de Saint Marc
Détails de l’enlèvement du corps de Saint Marc par Tintoretto
Détails de l’enlèvement du corps de Saint Marc par Tintoretto

Angel : Allons découvrir le fameux tableau du Tintoret “L’enlèvement du corps de Saint Marc” qui représente l’un des mythes fondateurs de Venise. Viens, c’est par ici.

Oriane : ce tableau est un chef d’œuvre du Tintoret et donc on devrait trouver dedans la solution de la clavicule de Salomon, c’est ça ou je n’ai pas tout compris ?

Angel : Le voici! Regarde, le corps de Saint Marc est à Alexandrie sur le point d’être brûlé sur le bûcher, mais un puissant orage fait fuir les gardes.

Oriane : Heu… J’ai l’impression d’avoir déjà vécu cette scène, prononcé les mêmes mots, entendu la même réponse de ta part, vécu la même excitation!

Angel : C’est normal! C’était pendant notre recherche de notre émeraude! Tu sais, notre fable d’Oriane et Angel à Venise sur les pas de Corto Maltese…

Oriane : Ha oui! Et…

Angel : Donc tu disais…

Oriane : c’est bizarre les bâtiments sont ceux de Venise et non d’Alexandrie.

Angel : Tu as raison, le Tintoret semble mélanger les lieux. Regarde dans le tableau, trois chrétiens coptes en profitent pour dérober la dépouille du Saint.

Oriane : D’après ce que j’ai lu les reliques de Saint Marc arriveront à Venise 800 ans après, en 827 dissimulés dans de la viande de porc pour passer les douanes musulmanes, comme le montrent les mosaïques en or de la basilique Saint Marc.

Angel : Une expédition franco de port, en quelque sorte. Par contre regarde l’orage du haut sur le tableau, il crée le désordre du bas. En fait on dirait que ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.

Pietro Longhi

L'apothicaire, Pietro Longhi 1752

Pietro Longhi : l'apothicaire ou Farmacista
Pietro Longhi : l'apothicaire ou Farmacista
Pietro Longhi : l'apothicaire détails
Pietro Longhi : l'apothicaire détails
Pietro Longhi : le concert (concertino)
Pietro Longhi : le concert (concertino)

Oriane : Voici deux tableaux de Pietro Longhi, peintre vénitien qui a essentiellement peint des scènes de la vie quotidienne à Venise.

Angel : Oui il a fait beaucoup de scènes qui se passent ici, réalistes ou satiriques.

Oriane : Sur celui-ci, on reconnaît clairement une pharmacie mais on dirait qu’il s’y passe une consultation médicale sur place…

Angel : Le médecin semble regarder les dents ou peut-être la gorge de la femme, pendant que le pharmacien prend l’ordonnance en note.

Oriane : A l’époque à Venise, les médecins et pharmaciens faisaient un travail d’équipe! C’est vraiment une salle de consultation: il y a même une zone qui semble être la salle d’attente… Dommage que Longhi ne se soit pas attardé sur les détails, on ne voit pas le titre de la revue que lit le moine…

Angel : Je ne sais pas ce que c’est, mais ça semble intéresser le gentilhomme assis à côté de lui! Ce regard en coin dans cette scène réaliste est un trait d’humour de l’artiste habitué des scènes satiriques. Mais tu as tout faux quand tu dis que Longhi ne s’est pas attaché aux détails… En bas à gauche, un chaudron et un préparateur qui s’apprête à réaliser la préparation. On peut aussi noter la présence d’une plante, une agave, connue depuis des temps anciens pour ses multiples propriétés médicinales.

Oriane : je croyais qu’à cette époque l’unique préparation qui soignait tous les maux était la Teriaca et qu’elle ne se préparait qu’une fois par an dehors devant la pharmacie.

Angel : C’était la principale en effet…

Jheronimus Bosch

Visions de l’au-delà (Visioni dell’Aldilà), Jheronimus Bosch 1450-1516

Jheronymus Bosch : quatre visions de l'au delà QUATTRO VISIONI DELL'ALDILÀ
Jheronymus Bosch : quatre visions de l'au delà QUATTRO VISIONI DELL'ALDILÀ
Jheronymus Bosch : vioni aldilà, visions de l'au delà
Jheronymus Bosch : vioni aldilà, visions de l'au delà
Jheronymus Bosch : visions de l'Au delà
Jheronymus Bosch : visions de l'Au delà

Angel : Voici quatre visions de l’au-delà… Deux de l’Enfer, très sombres et angoissantes, l’obscurité du mal, et deux du Paradis, lumineuses et apaisantes, la lumière de Dieu. J’espère ne pas avoir à vérifier l’existence des deux premières…

Oriane : Rien n’est moins sûr… Personne n’en a jamais rapporté la preuve… Mais qui est ce Jheronimus Bosch qui prétend en peinture avoir eu ces quatre visions?

Angel : C’est un peintre néerlandais, classé dans les peintres du “mouvement primitif flamand”. Ces quatre tableaux étaient vraisemblablement les parties latérales d’un polyptyque dont la partie centrale représentant le Jugement dernier se serait perdue. Ils avaient été achetés par un riche collectionneur, le cardinal Domenico Grimani et ornaient sa demeure vénitienne, le palais Grimani.

Oriane : Il ne s’agit donc pas d’un peintre vénitien?

Angel : C’est ça, mais il y aurait séjourné pendant trois ans, vers ses 20 ans… Un Erasmus à Venise, c’est l’idéal pour un peintre!

Oriane : Retournons au tout début du XVIème siècle, lorsque Bosch a peint ces toiles… Il était loin d’un simple bricolage, mais il était plutôt visionnaire, avec une utilisation du symbolisme, une précision dans les détails et un rendu des couleurs avant-gardistes!

Angel : le “bricolage” de Bosch… Ce n’est pas moi qui l’ai faite celle-ci! Pardon pour elle, chers lecteurs… Observons le premier tableau, “la chute des damnés”: c’est vraiment une chute au milieu d’un univers sombre, enfumé et parcouru d’éclairs, avec des sortes de démons qui attrappent les damnés au vol…

Oriane : Quelle vision, et quel rendu! Cette image est angoissante… Voyons la suivante, l’enfer lui même: un volcan, une atmosphère saturée de feu et de fumée, un bain de lave dans lequel se noient hommes et démons… Et puis d’autres démons qui martyrisent ceux qui ne sont pas dans la lave… L’enfer, quoi!

Angel : As-tu remarqué la couleur verte de l’un des démons, et leurs têtes qui ressemblent à des têtes de rats? Il y a peut-être une allusion à la peste?

Oriane : pourquoi pas… Quoi de plus parlant à l’époque pour symboliser les souffrances… D’ailleurs, si c’est cette idée que l’artiste a représentée, ça ne lui a pas porté chance, car il est mort quelques années plus tard, à 66 ans de cette terrible maladie.

Angel : Il a vécu l’enfer avant de mourir… Peut-être a t’il eu droit au Paradis ensuite?

Oriane : ça… Ce qui est sûr, c’est que son 4ème tableau, qui représente l’accès au Paradis est troublant!

Angel : Pourquoi ne pas d’abord analyser le 3ème?

Oriane : Parce qu’il y a une erreur dans l’ordre! Pour voir le Paradis, il faut d’abord y accéder!

Angel : Bien vu! Et qu’est-ce que tu trouves troublant?

Oriane : Bosch a représenté l’accès au Paradis comme un tunnel avec au fond une forte lumière, dans laquelle une silhouette est légèrement suggérée… Dieu accueille sur le seuil les défunts accompagnés par des anges.

Angel : Rien d’original! Tout le monde le décrit comme ça! Il est juste réaliste!

Oriane : Réfléchi donc 2 minutes! Nous sommes environ en 1500…

Angel : Et? La mort ne se passait pas pareil à cette époque?

Oriane : Pfffff… Le livre de Raymond Moody “Life after life” est sorti en 1975! Peut-être que Bosch raconte ici sa propre expérience de mort imminente?

Angel : Ha oui, sans doute! Ou alors il était avant-gardiste! C’est sûrement grâce à ce don qu’il a inventé l’obsolescence programmée…

Oriane : Alors là je ne comprends pas de quoi tu parles… Ces tableaux ne se sont pas auto-détruits après 5 ans de garantie… Mais si tu le dis…

Angel : Venons-en au Paradis… La représentation est classique: le jardin d’Eden verdoyant, des anges, quelques animaux, une fontaine…

Oriane : Une dominante de vert, la couleur de la vie, de l’espoir…

Pour en savoir plus sur la Gallerie dell’ Accademia de Venise, nous vous invitons à aller sur le site du musée

Pour vous déplacer dans Venise vous trouverez toutes les descriptions des lignes de vaporetto et leurs horaires sur notre page vaporetto.
Pour ceux qui veulent anticiper et avoir un pass coupe file, mieux vaut acheter un pass vaporetto ACTV.

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